L’abonné au Cotterg le plus lointain habite au Japon. Jean Lugrin raconte…

La personne sur la photo, qui tient Le Cotterg venant d'arriver à Nagoya, s'appelle Yoshiko Hayashi. Son fils s'appelle Vin, et son mari Masahiro. Je les ai connus au Diablerets, il y a dix ans. J'accueillais les auditeurs à la chapelle anglaise des Diablerets avant le concert, lorsq'un Japonais, et son fils de cinq ans, est venu me demander, en français, si je connaissais un endroit où son fils pourrait pratiquer le piano, afin qu'il ne perde pas, durant les vacances aux Diablerets, tout ce qu'il avait appris. Je lui ai répondu qu'à part la Maison des Congrès où il y avait un piano, je ne le voyais pas jouer seul dans cette grande salle vide, qu'il pouvait venir chez nous. Il a refusé. Je lui ai néanmoins donné notre numéro de téléphone. Les deux mâles ont assisté au concert, l'enfant n'a pas bougé une oreille, mais les deux en direction des musiciens.


Le lendemain, il a téléphoné qu’il acceptait ma proposition. Je suis allé les chercher. L’enfant s’est précipité sur le piano et a joué Jésus que ma joie demeure de J.-S. Bach. Les petits doigts de cet enfant de cinq ans s’écartaient pour chercher les accords, j’étais stupéfait. Il jouait machinalement les diverses partitions qu’il avait apportées,  sous le regard de sa maman attentive, mais pas musicienne. Le papa filmait le séjour et ses habitants. Ils sont revenus régulièrement durant les deux semaines de leur vacances. Ce fut le début d’une amitié profonde. Merci Musique et Neige !

Ils sont revenus encore deux années de suite. La dernière année, Vin a donné un petit concert aux enfants des classes des Diablerets. Il a joué nettement moins machinalement, mais beaucoup plus musicalement. Avant leur départ, ils nous ont dit : maintenant, ça suffit, c’est vous qui devez venir au Japon. Non, mais, qu’est ce que tu crois ? La chance a voulu que je vende une parcelle, je lui ai donc écrit, nous venons. Alors, nous allons vous recevoir comme des Dieux, a-t-il répondu. Quelques courriels plus tard, il m’écrivit : j’ai montré le programme, que je vous avais préparé, à mon père, qui m’a dit que ce n’était pas comme cela qu’on recevait des Dieux, je l’ai modifié. Nous avons passé quinze jours de rêve, soit avec Masahiro qui nous promenait, soit avec sa femme, le chien… ah non, leur fils, qui nous rejoignaient pour le weekend, soit avec ses parents et la grand-maman de 90 ans avec qui nous avons voyagé plus loin.

Je pourrais encore en raconter des pages et des pages, car tous les membres de cette famille sont exceptionnels, bien loin de l’employé modèle de Toyota ou des Japonais sortant du car pour prendre la même photographie. Le père avait passé deux ans en Allemagne. Il se réjouissait de nous accueillir chez lui, tellement reconnaissant du peu que nous avions fait pour son fils, et pour reparler l’allemand. J’appréhendais, car je pensais qu’un Japonais parlant l’allemand, ça risquait d’être, pour moi, du chinois. Et bien non, il parlait non seulement distinctement, mais j’ai rarement rencontré un type aussi plein d’humour. Je lui ai dit, d’ailleurs, qu’il avait les plus belles pattes d’oie de chaque côté de l’oeil que je n’aie vue. Quand je pense que des imbéciles se les font « botoxer » ! J’arrête là, car je vais vous faire perdre votre temps cotterdien, mais pour résumer, Masahiro, qui est abonné à divers journaux français, dont Le Point, est traducteur de livres Français en japonais, dont ceux de Jacques Attali, Claude Allègre, etc. Y a-t-Y a-t-ilil des abonnés plus éloignés d’ici que Nagoya ? Bref, après six ans, nous sommes retournés chez eux, mais le reste, vous le saurai seulement si vous me le demandez !

Jean Lugrin

Lors de leur voyage au Japon, Jean Lugrin et son épouse se sont rendus au Musée du manga de Kyoto, où ils ont remis le dernier ouvrage de leur ami Cosey à deux responsables.

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